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Le Vélo’v à Lyon : l’exemple réussi d’une exploitation publique-privée

  • Espérance Conseils
  • 22 juin 2020
  • 4 min de lecture

Quand on me demande d’expliquer mon métier à des novices ne comprenant pas l’acronyme DSP pour « délégation de service public » je donne souvent l’exemple des célèbres Vélo’v lyonnais.


« Vous connaissez des vélos rouges de la Métropole de Lyon ? Oui, et bien il s’agit typiquement d’un service public (se déplacer en mode doux dans une ville) assuré par un exploitant privé, JC Decaux. Les citoyens ignorent qu’une grande partie des services publics sont gérés par des acteurs privés, via différents contrats »

Je me suis rendu compte récemment que ce petit speech liée à mon métier était juridiquement faux puisque JC Decaux a signé un marché public avec la Métropole de Lyon. Bon, pas bien grave, puisque l’idée reste la même, d’autant plus que la limite entre marché public et concession est parfois ténu. En 2017, le numéro un mondial de la communication extérieure et leader du vélo en libre-service, annonce avoir remporté, à la suite d'un appel d'offres, le contrat de mobilier urbain intelligent et de vélos en libre-service de la Métropole de Lyon pour une durée de quinze ans.


Ce contrat porte sur le design, l'installation, l'entretien et la maintenance de 2 530 abris voyageurs, 640 MUI (Mobiliers Urbains pour l'Information), et 5 000 vélos en libre-service et 428 stations Vélo'v. Le chiffre d’affaires de ce marché est estimé à 378 millions d’euros.


La difficile mise en concurrence de certains contrats

JC Decaux a remporté haut la main la compétition et pour cause : il était le seul candidat à sa propre succession à avoir déposé un dossier définitif à l’appel d’offres. Cela peut paraitre étonnant ? Pas tant que cela en regardant le montage contractuel retenu qui est celui d’un contrat unique d’exploitation du service de vélos en libre-service contre la mise à disposition de mobilier urbain tels que les abris-bus et la publicité dans l’espace public.

La conséquence directe de ce choix est d’écarter les quelques entreprises plus spécialisées dans le seule domaine de la mobilité telle que Smoove (qui gère les vélos de Clermont-Ferrand, Montpellier, Vancouver, Moscou et Helsinki) ou Vélogik ou Indigo, qui auraient pu potentiellement se positionner sur le seul vélo en libre-service. Un autre acteur d’envergure, Clear Channel, a bien manifesté son intérêt lors de la publication de l’appel d’offres, mais s’est finalement retiré du dossier.


Le choix du contrat global a été controversé, d’autant plus qu’une requête devant le tribunal administratif a été déposée par Smoove, demandant à la Métropole de Lyon « d’allotir le marché » : fin de non-recevoir pour la petite PME, et JC Decaux et le Grand Lyon se retrouvent en tête-à-tête et signent pour les quinze prochaines années.


Comment fonctionne ce « marché global » ?


Pour résumer, l’exploitant JC Decaux fournit le service Vélo’v à la Métropole de Lyon grâce à ses recettes publicitaires. Plus précisément, les communes du Grand Lyon se privent d’une grande partie des redevances que versent à la collectivité les afficheurs de publicité : un manque à gagner de 50 M€, qui correspond donc au « prix » des Vélo’v sur la durée de l’ancien contrat, période 2005-2017 (12 ans). Sur le nouveau contrat 2017-2032 (15 ans), ce « prix » a été estimé à 180 M€, soit 2400 euros par an et par vélo. Un prix qui a fortement augmenté car lors de la négociation du contrat initial, le vélo ne s’était pas encore imposé comme un mode de déplacement alternatif et JC Decaux avait grandement sous-estimé le prix à supporter[2]. Le nouveau prix n’a rien de choquant et se rapproche de la moyenne du marché observé dans d’autres villes européennes.

La stratégie du marché global pose quand même un souci de transparence puisque JC Decaux communique sur un chiffre d’affaires global de 378 M€ sans distinguer les recettes publicitaires, ainsi que celles de la location des vélos et du sponsoring. Cette stratégie lui permet de garder des marges de manœuvre financière avec d’autres villes et d’autres contrats.


La Métropole de Lyon assume politiquement son choix : abandonner des dizaines de millions d’euros de redevance publicité pour se payer Vélo’v permet à la collectivité de se servir de la publicité pour financer la mobilité urbaine. Après tout, pourquoi pas ?

JC Decaux en terrain conquis sur les terres lyonnaises

Le professionnel de la publicité est implanté depuis 1965 à Lyon. Le nouveau contrat porte donc ce partenariat avec la ville de Lyon à 2032. Une performance de longévité qui tient aussi au fait que Lyon est pour l’entreprise le symbole fort de son développement et de sa réussite. Car il ne faut pas oublier que le Vélo’v a été le prédécesseur de son cousin le Véli’b à Paris.


Une relation d’interdépendance vertueuse pour les uns ou une situation d’oligarchie néfaste selon les points de vue. C’est tout le débat, qui va plutôt en faveur du choix lyonnais tant le tuilage parisien entre JC Decaux (ancien exploitant) et Smovengo (nouvel exploitant) a engendré des multiples bugs et retards, rendant la mythique « continuité de service public » très fictive[4]. Pendant ce temps, JC Decaux communique sur l'exploit du déploiement de tous les nouveaux Vélo’v dans la seule nuit du 17 au 18 juillet 2018 !


Dans l’actuel contrat 2017-2032, JC Decaux coche une nouvelle case innovante avec l’apparition de Vélo’v à assistance électrique, qui a débuté en janvier 2020. Une innovation qui vise à développer un peu plus le vélo dans une Métropole qui a fait pas mal d’efforts dans le domaine sur les derniers mandats. C’est peut-être l’élu Gilles Vesco qui résume le mieux la situation :

« Je ne dis pas que j’adore la pub, mais je préfère la pollution visuelle parce que je peux détourner le regard. La pollution dans mes poumons, je ne peux pas l’arrêter ».

 
 
 

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